Pourquoi donner ses surplus et invendus alimentaires? Comment le faire de manière sécuritaire? Quels sont les besoins des organismes communautaires à proximité?
Ce guide a vocation à apporter des réponses pratiques à ces questions légitimes, et à fournir un soutien concret aux commerçants et commerçantes qui souhaitent se lancer dans une démarche solidaire, écologique et économique!
Le don alimentaire est un levier efficace pour adresser plusieurs enjeux sociétaux alarmants.
Tout d’abord, donner ou revaloriser ses surplus et invendus permet d’agir sur les impacts environnementaux liés au gaspillage alimentaire. En effet, selon le Rapport Drawdown, la réduction du gaspillage alimentaire se classe au troisième rang des 80 solutions les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 20501.
Au Canada, on estime que 20 % des aliments produits localement sont gaspillés chaque année2, et à Montréal, les résidus alimentaires engendrent chaque année environ 2 millions de tonnes d’équivalent CO₂3.
Même s’il ne s’agit pas d’une solution structurelle et pérenne, le don permet également d’apporter une réponse partielle à l’enjeu de l’insécurité alimentaire, qui ne cesse de croître depuis la crise de COVID-19. On estime qu’en mars 2023, 2 millions de Canadiennes et Canadiens ont eu recours à une banque alimentaire, soit une hausse de 32% en comparaison à 20224.
La meilleure solution pour lutter contre le gaspillage reste la réduction à la source, c’est-à-dire au stade de l’approvisionnement, de la gestion des stocks et de la préparation des denrées. Le GUTA met à votre disposition des ressources pour agir également sur ces enjeux, découvrez-les sur notre portail!
Découvrez dans ce guide
les bons coups et les astuces
pour mettre en place le don
de manière efficace
et sécuritaire!
En tant que commerce, le don alimentaire fait bien du sens, pour plusieurs raisons!
1Agir concrètement contre la précarité et l’insécurité alimentaire en soutenant les organismes communautaires locaux.
Consultez le Bilan Faim 2023 pour en apprendre davantage sur ces enjeux.
2Améliorer votre empreinte environnementale en réduisant la quantité de déchets envoyés dans les centres de traitement.
À Montréal, les matières résiduelles sont responsables de 4 % des émissions de GES5!
3Être en cohérence avec les politiques publiques locales et contribuer à l’objectif « Montréal Zéro déchet » à l’horizon 2030!
Découvrez le Plan stratégique de la Ville pour atteindre cet objectif!
4Réduire les coûts et les ressources humaines liés aux pertes et gaspillages et à la gestion des matières résiduelles.
Chaque dollar investi dans la lutte au gaspillage permet à une entreprise de générer en moyenne 14 $ de bénéfices6!
5Mobiliser votre équipe autour d’un projet vertueux et inspirant, et améliorer ainsi leur bien-être au travail et leur sentiment d’adhésion à l’entreprise.
72% des professionnels québécois valorisent davantage les employeurs prenant position sur un enjeu de société en accord avec leurs valeurs7
6Fidéliser votre clientèle en affichant fièrement votre positionnement engagé contre le gaspillage et l’insécurité alimentaire!
Découvrez les témoignages de commerces engagés, autour de vous : Commerces pour le climat
1 Projet Drawdown (2020), Solutions climatiques pour une nouvelle décennie
2 Value Chain Management International (2019), The Avoidable Crisis of Food Waste
3 Recyc-Québec (2022), Étude sur la quantification des pertes et gaspillage alimentaires au Québec
4 Banques alimentaires du Québec (2023), Bilan Faim
5 Ville de Montréal, Plan directeur de gestion des matières résiduelles 2020-2025
6 Champions 12.3 (2018), The Business Case for Reducing Food Loss and Waste
7 KPMG, Enquête Focus Québec 2025.
Que dit la loi?
Tout d’abord, il est important de clarifier le mythe de la responsabilité du donateur. Au Québec, la loi du bon samaritain assure une protection du donateur de denrée alimentaire contre toutes responsabilités, à moins qu’il ait voulu causer un préjudice.
Ainsi, tant que les denrées sont offertes de manière bienveillante, le donateur ne court aucun risque lié à l’utilisation et la consommation ultérieures des denrées.
Qui peut donner?
Restaurants, épiceries, cafés, traiteurs, hôtels, etc. : toute entreprise du secteur alimentaire peut faire des dons alimentaires!
Que peut-on donner?
Toutes les denrées alimentaires sont éligibles au don – à quelques exceptions près listées dans ce guide – tant que les exigences relatives à la manipulation, l’hygiène et la salubrité des aliments sont respectées.
Avant de se lancer, il est important de se poser quelques questions et de considérer l’ensemble des options disponibles pour réduire le gaspillage.
En effet, toute démarche de lutte au gaspillage doit passer par une phase d’audit interne destinée à identifier les sources de gaspillage dans votre commerce, et les solutions adaptées pour chacune. Pour vous guider dans cette étape, vous pouvez consulter notre guide MESURER, ou encore faire appel à un de nos partenaires experts!
Il est également important d’évaluer ses capacités humaines et logistiques, et anticiper les adaptations dans l’organisation du travail. L’adhésion de l’ensemble des parties prenantes est essentielle pour le succès de la démarche, et les membres de votre équipe devront être consultés et informés à chacune des étapes. Pour une approche efficace et inclusive, vous pouvez consulter notre page dédiée à la conduite du changement.
En tant que commerce alimentaire, voici le type d’aliments et de plats que vous pouvez être amenés à donner :
Toutefois, pour chacune de ces catégories, il est important de se montrer vigilant pour s’assurer de la qualité et de l’intégrité des denrées. De plus, certains aliments sont automatiquement à exclure du don :
Les aliments dits « frais » ou périssables sont tout à fait éligibles au don, et constituent des denrées particulièrement recherchées par les OBNL en sécurité alimentaire. Toutefois, avant de les donner, il s’agit de se montrer vigilant.
Fruits et légumes : la règle du bon sens
Les fruits et légumes « intègres » peuvent être donnés : retirez ceux qui comportent des traces de dégradation, de pourriture ou qui vous semblent impropres à la consommation. De manière générale, fiez-vous à votre bon sens et demandez-vous si vous aimeriez les recevoir vous-même!
Produits laitiers, viandes et ovoproduits : le respect de la chaîne du froid
Ces différents produits doivent être réfrigérés, c’est-à-dire conservés à une température égale ou inférieure à 4 °C (40 °F) ou gardés congelés et distribués dans leurs contenants originaux non ouverts.
En plus de ces conditions, quelques spécificités :
Cette section se donne pour objectif de rappeler les règles principales pour la manipulation sécuritaire d’aliments destinés au don. Certains éléments essentiels ne sont pas abordés, comme la traçabilité, le stockage et le transport des denrées. De plus, les normes évoluent régulièrement!
Pour une vision complète des normes applicables en matière d’hygiène et salubrité, il est donc important de se référer aux ressources produites par le MAPAQ. Vous pouvez notamment consulter les documents suivants :
Le tissu d’OBNL montréalais œuvrant en sécurité alimentaire est dense, et il y a de bonnes chances de trouver dans votre quartier des organismes intéressés par des collectes.
Pour vous renseigner sur les organismes montréalais, plusieurs ressources peuvent vous être utiles :
La proximité directe de l’OBNL qui bénéficiera de vos dons n’est pas nécessairement le critère principal pour un partenariat efficace et durable. D’autres considérations sont à prendre en compte.
Si la lutte à l’insécurité alimentaire est une mission partagée par de nombreux organismes, chacun exerce sa mission de manière spécifique. Avant d’envisager un partenariat, il est essentiel d’engager le dialogue pour comprendre la mission, les besoins et les capacités de toutes les parties prenantes.
Dans le cadre de ces échanges, voici les questions de base qui doivent être adressées :
Si l’OBNL n’est pas en mesure d’accepter l’intégralité des denrées, ou ne dispose pas des capacités pour assurer le nombre de collectes souhaitées, il est possible d’envisager plusieurs partenariats complémentaires. Dans ce cas de figure, il sera important de ne pas mettre les ONBL bénéficiaires en concurrence, et de privilégier la transparence et la réflexion collective, afin de répartir les denrées au plus près des besoins et capacités de l’ensemble des parties prenantes.
Mobiliser et engager son équipe
La lutte contre le gaspillage alimentaire via le don aux OBNL est une démarche solidaire, concrète et porteuse de sens. Abordée de cette façon, elle devient un véritable levier de mobilisation pour votre équipe. Pour en assurer le succès, il est essentiel d’impliquer l’équipe dans les réflexions, de responsabiliser et de reconnaître la contribution de chaque personne engagée.
Évaluer et adapter le processus
Comme pour tout nouveau projet, des adaptations seront certainement à prévoir. Privilégiez une approche « essai-erreur », avec une phase de test destinée à identifier les éventuels obstacles et à instaurer de bonnes pratiques pour y remédier :
Maintenir des liens de confiance avec le partenaire
Les rencontres de démarrage et la signature d’un protocole permettent d’établir des bases saines pour une collaboration efficace. Afin d’assurer la pérennité du partenariat, il est judicieux de maintenir les échanges sur une base régulière, en dehors des collectes. Quelques idées pour approfondir les relations :
Communiquer sur ses engagements
Une fois que votre démarche est fonctionnelle et durable, vous pouvez la mettre en lumière! Afficher ses valeurs permet de fidéliser la clientèle et de valoriser la mission de votre partenaire. Vous pouvez notamment prévoir des publications conjointes sur les médias sociaux, et des évènements ponctuels de sensibilisation de votre clientèle à la lutte au gaspillage et à l’insécurité alimentaire.
1Dresser un portrait des sources de gaspillage dans son commerce
2Vérifier si les aliments et plats identifiés sont bien éligibles au don
3Prendre connaissance des règles d’hygiène et de salubrité qui s’appliquent au don alimentaire
4Identifier les ONBL œuvrant en sécurité alimentaire autour de son commerce
5Engager le dialogue et lister les besoins et capacités de toutes les parties prenantes
6S’assurer de l’engagement de son équipe et de la bonne compréhension des responsabilités de chacun
7Mettre en place une phase de test avec les partenaires, ainsi qu’un processus d’évaluation
8Assurer un suivi au niveau des aliments donnés (traçabilité, typologie, quantités) et des relations partenariales (rencontres de suivi régulières)
9Au besoin : signer une entente établissant les rôles et attentes de toutes les parties prenantes
10Communiquer, au besoin, sur sa démarche solidaire!
Ressources complémentaires pour aller plus loin :